Au sens strict, le mot harki vient de l’arabe harka (mouvement) et désignait les auxiliaires algériens musulmans engagés aux côtés de l’armée française. Plus largement, le terme a fini par désigner l’ensemble des Français musulmans ayant servi ou soutenu la France durant le conflit (harkis, moghaznis, tirailleurs, élus locaux).
Ces hommes s’étaient engagés pour des raisons diverses : fidélité à la France, conviction politique, défense du village contre les exactions du FLN, besoin économique ou protection de la famille.
Mars 1962 : Les accords d’Évian et le désarmement
18 mars 1962
Les accords d’Évian prévoient un cessez-le-feu et l’amnistie pour les actes commis durant la guerre. L’armée française commence à désarmer et à démobiliser les supplétifs harkis, les laissant sur place sans protection réelle, malgré le risque manifeste de représailles.
Été 1962 : Représailles et massacres en Algérie
Avril–Été 1962
Dès les semaines précédant l’indépendance (proclamée le 5 juillet), une vague de vengeances s’abat sur les harkis et leurs familles. Considérés comme des traîtres par le FLN et la nouvelle population au pouvoir, des dizaines de milliers d’entre eux sont arrêtés, torturés ou exécutés. Le bilan exact reste débattu, mais les historiens estiment le nombre de victimes entre 30 000 et 80 000 morts.
1962 : L’abandon officiel et le sauvetage clandestin
Mai–Automne 1962
En métropole, le gouvernement français redoute une arrivée massive d’Algériens musulmans et tente de freiner le rapatriement des harkis. Malgré les directives officielles ordonnant de bloquer les transferts, certains officiers français (comme le lieutenant-colonel de Boissieu ou le capitaine Coignet) désobéissent et organisent des filières clandestines pour embarquer leurs hommes et leurs familles vers la France.
Après 1962 : Relégation dans les camps de métropole
1962–1970s
Environ 90 000 à 100 000 Harkis et leurs proches parviennent à rejoindre la France. À leur arrivée, ils ne sont pas intégrés mais relégués dans des camps d’accueil de transit et de reclassement très précaires (Rivesaltes, Bias, Saint-Maurice-l’Ardoise) ou dans des hameaux de forestage, isolés du reste de la société pendant parfois plus d’une décennie.
La reconnaissance tardive de la France
Pendant plusieurs décennies, le drame des Harkis est resté un sujet méconnu ou occulté. Il a fallu attendre le début des années 2000 pour que l’État français commence à reconnaître sa responsabilité :
2001 : Instauration de la première Journée nationale d’hommage aux Harkis (25 septembre).
En 2001, le président de la République française était Jacques Chirac.
Mandat : Il a exercé ses fonctions du 17 mai 1995 au 16 mai 2007
2016 : Le président François Hollande reconnaît officiellement la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des Harkis.
2021-2022 : Le président Emmanuel Macron demande pardon au nom de la France et une loi portant reconnaissance de la Nation et réparation envers les Harkis et leurs familles est promulguée en février 2022.
L’évolution du cadre législatif français concernant les Harkis est passée progressivement d’une simple assistance sociale d’urgence à une reconnaissance mémorielle officielle de la responsabilité de l’État, assortie d’un régime d’indemnisation.
Aides d’urgence et réinsertion sociale
1970 – 1987
Les premières mesures (lois de 1970, 1975 et loi Romani de 1987) se concentrent sur l’intégration économique : allocations de réinstallation, aides au logement, accès prioritaire à l’emploi public et mesures de soutien pour les enfants de supplétifs.
Loi Mékachéra : première reconnaissance officielle
1994
La loi du 11 juin 1994 reconnaît formellement la « gratitude de la Nation » envers les anciens membres des formations supplétives. Elle instaure une allocation de reconnaissance et fixe des dispositifs d’aide sociale renforcés.
Loi du 23 février 2005 et journée nationale
2005
Cette loi réaffirme l’hommage rendu aux Harkis et revalorise l’allocation de reconnaissance. Elle concrétise également l’instauration d’une journée nationale d’hommage (fixée au 25 septembre par décret).
Loi portant reconnaissance de la Nation et réparation
2022
Promulguée le 23 février 2022, cette loi marque un tournant historique. L’État demande officiellement pardon pour l’abandon des Harkis et pour leurs conditions d’accueil indignes dans les camps (Rivesaltes, Bias, etc.) et hameaux de forestage. Elle crée une Commission nationale d’indemnisation (CNIH) chargée d’attribuer une réparation financière aux personnes ayant séjourné dans ces structures entre 1962 et 1975.
Ce que couvre la réparation actuelle
Pardon institutionnel : Inscription de la responsabilité de l’État dans la loi.
Indemnisation financière : Allocation forfaitaire calculée selon la durée de séjour dans les camps d’accueil et hameaux de forestage enregistrés.
Recours et instances : Traitement des dossiers par la CNIH pour les anciens supplétifs et leurs enfants ayant vécu dans ces lieux d’enfermement ou d’isolement.